L'usure de compassion chez les proches aidants
- mgrouani
- 13 mars 2024
- 5 min de lecture
Introduction
Cet article vise à présenter quelques aspects de l'usure de compassion chez les proches-aidants. Nous aborderons les origines et les impacts de ce syndrome, en abordant des éléments qui y contribuent puis par la suite, nous explorerons les mesures et les outils à disposition pour prévenir et soigner l'usure de compassion.
Reconnaitre les signes de l'usure de compassion
Il est impératif de saisir le concept d'usure de compassion pour les proches-aidants. Ce phénomène circonscrit l'affaiblissement physique et spirituel, ainsi que les turbulences émotionnelles, psychologiques et spirituelles que subissent les aidants, généralement provoqué par un engagement affectif soutenu envers des individus souffrants ou dépendants. Les manifestations de l'usure de compassion incluent des symptômes comme l'épuisement persistant, la nervosité, l'anxiété, voire la dépression. Reconnaître que cette usure ne procède pas d'un manque de détermination ou d'affection envers l'être aidé est crucial, mais elle émane plutôt de la tension ininterrompue et du stress liés à la fonction d'aidant. Comprendre les rouages et les répercussions de l'usure de compassion est essentiel pour mieux épauler les proches aidants et éviter leur surmenage. Cela implique la mise à disposition de ressources appropriées et de programmes d'accompagnement, comme la proposition de services de répit, de groupes d'entraide et de conseils professionnels.
Dans le processus de l'usure de compassion, sont inclus la dégradation émotionnelle, le mal-être psychologique et l'affaiblissement corporel. Souvent comparée à un épuisement professionnel, des altérations cognitives et comportementales sont aussi remarquées. Ces modifications comportementales peuvent comprendre une réduction de l'empathie et une irritation accrue chez les aidants. Pour identifier les symptômes de l'usure de compassion, il convient d'être vigilant aux bouleversements émotionnels et comportementaux des aidants, comme l'isolement et la délaissement personnel. Il convient aussi d'observer les signes physiologiques tels que la fatigue persistante et les troubles du sommeil, qui révèlent souvent une surcharge émotionnelle et l'éreintement mental des aidants familiaux. (Corriveau and Paris, 2021)
Les facteurs d'usure de compassion dans la proche-aisance
Les éléments déclencheurs d'usure de compassion en contexte d'aidance sont multiples, caractérisés par une grande hétérogénéité. Il est primordial de relever qu'un des principaux facteurs qui alimentent cette usure est l'absence de soutien social à laquelle les proches-aidants sont confrontés bien trop régulièrement. Souvent plongés dans une solitude écrasante, ces personnes au grand dévouement se retrouvent en marge, plongées dans un isolement qui renforce de manière significative leur stress, érodant petit à petit leur capacité à maintenir une compassion inconditionnelle. De surcroît, on ne saurait ignorer le fardeau émotionnel qui découle inexorablement de la prise en charge d'un proche dans la souffrance ou avancé en âge. Ces aidants sont sans cesse aux prises avec un spectre d'émotions d'une force incommensurable, notamment la tristesse poignante, le désarroi et une frustration tenace. Il s'en suit une tempête émotionnelle intarissable qui épuise les réserves de leur âme, altérant sérieusement leur aptitude naturelle à éprouver et démontrer de la compassion envers autrui.
Par ailleurs, on ne peut minimiser les défis financiers considérables auxquels les aidants doivent faire face, comme la perte d'emploi ou la réduction notable de leurs revenus habituels. Cette fragilité financière aggrave le stress déjà lourd à porter, ajoutant à l'usure progressive et pernicieuse de leur compassion. En dernier lieu, les exigences physiques indéniables de l'aidance ne devraient pas être passées sous silence. Confrontés à des tâches physiquement ardues, comme soulever ou accompagner la mobilité de personnes nécessitant une assistance, les aidants font face à une dimension corporelle de leur action, aussi louable soit-elle, qui ne fait qu'accroître leur épuisement et réduire encore leur capacité à offrir leur compassion aux autres. (Benmessoud, 2023)
Les conséquences de l'usure de compassion
L'épuisement émotionnel des proches-aidants, un aspect de l'usure de compassion, peut engendrer divers impacts, tant au niveau corporel que mental et même spirituel. Sur le plan somatique, une fatigue persistante peut affecter les aidants, en raison des sollicitations continues liées à leur mission. Ceux-ci peuvent souffrir de perturbations du sommeil, de déséquilibres alimentaires, et d'une réduction de leur activité physique. Les répercussions mentales peuvent se manifester par un stress endémique, des états d'anxiété et des épisodes dépressifs. De plus, une culpabilisation peut survenir chez les aidants, entrainée par le sentiment de n'être jamais suffisant ou de ne pas accomplir assez pour l'être cher. Cette situation peut également causer une érosion de l'estime de soi et un isolement social, les aidants se percevant comme coupés de leur environnement social et professionnel. D’un point de vue spirituel, les proches-aidants peuvent commencer à douter de leurs convictions et principes, en se questionnant sur la raison de ces épreuves, en remettant en cause le sens de la vie et de la douleur. Ce questionnement peut mener à une recherche de sens profond et à une introspection sur les thématiques existentielles de la compassion et de l'assistance autrui.
Stratégies pour prévenir l'usure de compassion chez les proches-aidants
Plusieurs tactiques peuvent être mises en œuvre par les proches-aidants pour se prémunir contre l'usure de compassion. Il est primordial de veiller à sa santé psychique et physique par la pratique régulière du sport, une alimentation équilibrée et un sommeil réparateur. Il s'avère tout aussi crucial d'établir des frontières nettes et d'apprendre à refuser quand les contraintes surpassent le raisonnable. La recherche de soutien via des réseaux d'autres aidants ou de groupes d'entraide peut s'avérer une démarche fructueuse, favorisant l'échange d'expériences et de ressentis. S'accorder du temps personnel, en se livrant à des loisirs apaisants ou en s'octroyant des pauses régulières, aide à reconstituer ses forces et à avoider la surcharge. Le développement de techniques d'adaptation au stress, telles que la méditation, des respirations approfondies ou l'engagement dans des passe-temps, s'avère bénéfique.
L'application de ces diverses approches permet aux proches-aidants de diminuer le péril d'usure de compassion et de sauvegarder leur équilibre tout en apportant leur soutien à leurs proches. En ce qui concerne le bien-être spirituel, il est sensible de dédier des instants au recueillement et à la quête spirituelle, par le biais d'activités à caractère religieux si cela nous concerne, ou via la solitude, pour méditer et établir une connexion avec son moi profond. L'assiduité à des pratiques telles que la méditation, la prière, ou la lecture de textes enrichissants peut alimenter cette dimension spirituelle, procurant confort et paix intérieure.
Conclusion
En somme, l'épuisement par compassion se manifeste de manière tangible et significative chez les proches-aidants. Il est reconnu que divers facteurs, comme le stress émotionnel, le déficit de support social et l'accumulation de responsabilités, pèsent lourdement sur la santé des aidants. Les répercussions de cette fatigue peuvent s'avérer critiques pour leur bien-être et leur équilibre de vie, influant de façon défavorable sur leurs activités quotidiennes et la relation avec le bénéficiaire de l'aide. Toutefois, il est envisageable de contrecarrer l'épuisement compassionnel grâce à l'adoption de stratégies préventives, incluant l'autosoin, la quête de support professionnel et l'imposition de frontières claires. La mise en lumière et l'appui apporté aux aidants sont cruciaux afin qu'ils maintiennent leur compassion de façon saine et pérenne. Finalement, mentionnons que les proches-aidants sont un maillon crucial du système de santé et que pour qu'ils puissent continuer de prendre soin de leurs proches, nous devons, comme société, faire le choix de prendre soin d'eux.
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Quelques références :
Corriveau, H. and Paris, M. "Les proches aidantes francophones du Nouveau-Brunswick: une étude compréhensive sur la trajectoire d'accompagnement d'un parent aîné." Reflets (2021). erudit.org
Benmessoud, N. "Quelles sont les épreuves vécues par les conjoints proches aidants de personnes atteintes de la maladie d'alzheimer vivant à domicile?." (2023). uottawa.ca